vendredi 18 mars 2011

Japon : vers une pédagogie du don ?

Saluons le discours de France Générosités à l'occasion de la triple catastrophe qui a frappé le Japon : son président a expliqué qu'il était prématuré de faire appel aux dons. La stupeur et l'émotion étaient pourtant à leur comble, et nombre d'entre nous prêts à manifester leur solidarité. Reste qu'il faut d'abord, surtout dans un pays aussi organisé, savoir comment, où, avec qui se rendre utile ! On se souvient des fonds considérables collectés lors du tsunami de 2004 ... que l'on ne parvenait pas à affecter. Et des résultats mitigés de l'immense élan en faveur d'Haïti.
Il faut bien se rendre compte que l'argent ne fait pas tout : ce n'est d'ailleurs pas toujours lui qui manque le plus dans les pays dont la situation est la plus critique. Ce qui est compliqué, c'est d'acheminer les fonds et de les rendre opérationnels au bon endroit, et surtout, entre les bonnes mains. Ce qui manquera bientôt le plus dans l'action philanthropique, ce sont les bras : les acteurs de terrain, qui connaissent leur sujet, et le traitent au plus près des besoins. C'est pourquoi je me suis engagée en faveur du parrainage d'enfants : ce n'est pas grandiose, mais c'est concret, et nous savons qui l'organise pour que ça marche !

samedi 26 février 2011

Gouvernance et transparence deviennent les deux mamelles de la philanthropie

Selon le journal "Branchez-vous Matin" plus des trois quarts (77 %) des Québécois craignent d'être victimes d'arnaques, selon un sondage récent de la firme Angus Reid. L'augmentation des fraudes entrainerait une diminution du nombre de dons dans la province. Cette information est reprise par "Philanthropie Québec" qui insiste sur l'importance d'une bonne gouvernance pour les institutions philanthropiques : "pas de règles d'observance fiscales, pas de confiance du public donateur, pas de dons, pas d'activités et donc pas de pérennité de l'organisme de bienfaisance".

C'est probablement vrai aussi en France, et cela doit nous pousser à l'innovation dans le domaine philanthropique ! Il ne s'agit plus de raconter des belles histoires : il faut leur donner un contenu. Les donateurs ne fonctionnent plus seulement à l'émotion : ils souhaitent des informations, une transparence ... et sans doute, demain, des évaluations. C'est d'ailleurs passionnant, mais il faut s'y mettre ...

mercredi 9 février 2011

Un nouveau logo pour le trèfle bleu


Il faut préparer le printemps ! Cela veut dire un nouveau logo pour le trèfle bleu (et même deux ! selon que le trèfle est bleu sur fond blanc ou vert sur fond bleu ...).
Au fait, lequel préférez-vous ?
Et une nouvelle page sur Facebook. A bientôt

dimanche 30 janvier 2011

Les jeunes indiens sont les plus optimistes du monde

C'est l'une des conclusions de la passionnante enquête menée par la Fondation pour l'innovation politique sous la direction de Dominique Reynié, et intitulée "2011, la jeunesse du monde". L'enquête a été menée en juin-juillet 2010 dans 25 pays sur la base d'échantillons de 1000 individus âgés de 16 à 29 ans.
J'ai regardé tout particulièrement les résultats relatifs aux jeunesses de trois pays, dans lesquels le CFPE conduit des programmes de parrainage : l'Inde, le Maroc et la Roumanie. Ce qui frappe d'abord, c'est la disparité de leur perception de la mondialisation : celle-ci est considérée comme une opportunité par 87% des jeunes indiens (presque ex-aequo avec les jeunes chinois - 91% -), par 67% des jeunes roumains, et en bas de classement, par 49% des jeunes marocains. Il n'y a sans doute rien de très étonnant là-dedans, comme semblent l'indiquer en particulier les événements en cours au Maghreb.
En revanche, l'optimisme des jeunes indiens est stupéfiant ! Ils sont de loin les plus à l'aise dans leur époque (84% disent être satisfaits de l'époque dans laquelle ils vivent, devançant les jeunes chinois - 64%) ; ils sont aussi ceux qui pensent le plus que l'avenir de leur pays est prometteur (83%), et que leur avenir personnel l'est aussi (90%). Impressionnant !


dimanche 23 janvier 2011

Microcrédit et réduction de la pauvreté : ça chauffe !

La polémique née ces derniers temps sur les vertus ou les dangers du microcrédit prend de l'ampleur. Le débat, naguère confiné chez les spécialistes, est venu sur les devants de la scène avec un reportage d'Envoyé spécial sur France 2, et une tribune d'Esther Duflo dans le Monde en janvier 2010 (http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/01/11/microcredit-miracle-ou-desastre-par-esther-duflo_1290110_3232.html). Surtout, les Etats concernés au premier chef - le Bangladesh (où la Grameen Bank est née), l'Inde et le Nicaragua - manifestent aujourd'hui une franche hostilité ! Le premier ministre du Bangladesh a même déclaré que les prêteurs "sucent le sang des pauvres au nom de la lutte contre la pauvreté" ... Le succès du microcrédit est en train de se retourner contre lui : trop de prêts, trop de prêteurs, trop d'emprunteurs dont une partie reste prisonnière d'une spirale infernale de surendettement. Le microcrédit concernait en 2009 plus de 80 millions de clients, pour un total de plus de 70 milliards de dollars. Le nombre d'organismes de microcrédit a cru de manière saisissante (certains affichent une croissance de plus de 60%/an), générant d'énormes profits. Il est devenu clair que le secteur doit se réformer, et surtout que la recherche sur les effets du microcrédit et sur les bonnes pratiques est indispensable.
On lira avec profit sur ce sujet l'ouvrage d'Esther Duflo La politique de l'autonomie (Le Seuil, janvier 2010), ainsi que le dossier de l'Institut français de Pondichéry (
http://www.ifpindia.org/+Debat-contradictoire-sur-les-vertus-du-microcredit+.html)

Il est également intéressant d'aller visiter le site d'un fonds de micro-développement créé par l'un de mes amis (http://www.credit-at-people.org/) : dans l'onglet "fonctionnement", on pourra télécharger un tableau récapitulatif de l'organisation du microcrédit en Inde.
Ce serait dommage qu'une belle idée soit proscrite à cause de ses abus !

mardi 23 novembre 2010

L'éducation des filles : une priorité évidente

Tout le monde est d'accord là-dessus : l'éducation et la promotion des femmes est le meilleur moteur du développement, le plus sûr et le plus puissant. Lu encore dans La Croix cette semaine : "Au Tchad, des paysannes relançent les affaires". Elles se rassemblent autour de projets financés par le microcrédit : fabrication de confitures ou échoppes de légumes leur permettent d'améliorer le quotidien et de construire de nouveaux projets. Et quand on leur demande si leurs époux peuvent les aider, cela les fait bien rire : "L'argent que je gagne, je ne le donne surtout pas à mon mari ! (...)Du moment que je continue de m'occuper des enfants et du ménage, et que je travaille aux champs, mon époux est content". Sans commentaires ...
Certaines ONG ont même renoncé à former les hommes : le Barefoot College, une organisation caritative indienne oeuvrant dans le monde entier, ne fait plus confiance qu'à des candidates recrutées localement, et dont elle sait pouvoir faire en six mois des "ingénieurs aux pieds nus".

Et si la nouvelle priorité était d'éduquer les jeunes garçons ?

vendredi 8 octobre 2010

Les fillettes déguisées d'Afghanistan

Selon le New York Times, certaines familles afghanes choisissent de travestir l'une de leur filles en garçon. C'est tout d'abord une manière d'éviter l'opprobre et le mépris de l'entourage lorsqu'on n'a pas été "capable" d'avoir un héritier. Pour ces jeunes "bacha posh" (habillée comme un garçon), c'est tout à coup une nouvelle vie : d'autres vêtements, c'est aussi la possibilité de faire du sport ... ou de travailler. Mais dès qu'approche l'âge du mariage et que le corps change, la plupart des parents trouvent la situation trop dangereuse, et la jeune fille quitte son déguisement. Cela ne va pas sans conséquences, parfois positives (cette parenthèse leur a apporté une énergie nouvelle) - mais aussi sans dégâts.
Le travestissement est l'un des ressorts les plus fascinants de l'imaginaire - et parfois du réel - humain : de Jeanne d'Arc aux héroïnes shakespeariennes, il agit comme révélateur de vérité. Sous le déguisement, un être jeune teste les autres, leurs sentiments et leur engagement, et s'éprouve lui-même. Il est saisissant, à notre époque, de penser à ces jeunes filles du bout du monde qui vivent en vrai ce qui n'a été souvent qu'une figure de style. Vraiment, on a envie de penser à elles, et on aimerait avoir davantage d'empathie pour partager leur étrange destin.